Earth, Wind & Fire
Lorsque j’ai appris qu’Earth, Wind & Fire était à Paris, j’ai foncé chez leur maison de disques pour obtenir un pass photo. Refus catégorique. On me ferme la porte au nez sous un prétexte quelconque. Qu'à cela ne tienne. Sachant le groupe logé au Concorde Lafayette, je décide de m'y installer.
Du Concorde Lafayette à la scène de Wembley
Lorsque j’ai appris qu’Earth, Wind & Fire était à Paris, j’ai foncé chez leur maison de disques pour obtenir un pass photo. Refus catégorique. On me ferme la porte au nez sous un prétexte quelconque.
Qu'à cela ne tienne. Sachant le groupe logé au Concorde Lafayette, je décide de m'y installer. Pendant trois jours, je squatte le lobby. Dès qu'un musicien ou un technicien passe, j'engage la conversation, je tire quelques portraits... Petit à petit, la magie opère : la bande m'adopte et m'invite au concert.
Quel bonheur, le soir venu, de croiser le regard médusé du responsable de la maison de disques ! Il me regarde franchir tous les barrages de sécurité un à un, alors que lui reste bloqué derrière les barrières qui mènent derriere la scene.
Après le show, direction Joe Allen aux Halles, leur cantine parisienne. L'aventure aurait pu s'arrêter là, mais le groupe me lance alors une invitation : traverser la Manche avec eux pour leur concert à la Wembley Arena.
À Wembley, le rêve continue. J'ai quartier libre en backstage et, privilège ultime, je suis le seul photographe autorisé dans le pit pendant tout le concert — au grand dam d'un service d'ordre britannique passablement furieux de voir que c’est un français à cette place !
Après le concert, la fête se prolonge. Alors que je rentre à la soirée, Monty White me glisse simplement avec un clin d'œil : « Enjoy yourself! »
Il y aurait encore tant à raconter sur ces jours hors du temps, mais un blog demande d'aller à l'essentiel. À l'époque, je n'avais pas d'agence, et les photos prises durant cette folle traversée n'ont jamais été publiées. Elles sont restées là, préservées, attendant le moment venu pour refaire surface.
CROCODILE DADDY (1985)
Dans les années 1930, Green Island, un minuscule îlot corallien posé sur la Grande Barrière de corail à une trentaine de kilomètres de Cairns, traîne déjà une réputation sulfureuse.
Dans les années 1930, Green Island, un minuscule îlot corallien posé sur la Grande Barrière de corail à une trentaine de kilomètres de Cairns, traîne déjà une réputation sulfureuse. On raconte qu'Errol Flynn, alors aventurier autant qu'acteur hollywoodien, y croise contrebandiers et trafiquants d'opium. Les histoires se mélangent à la légende, mais elles suffisent à donner à l'île un parfum de bout du monde.
Quarante ans plus tard, c'est une tout autre découverte qui m'attend sur Green Island.
On m'a parlé d'un homme hors du commun qui aurait installé là un parc peuplé de crocodiles géants. Intrigué, je pousse la porte de Marineland Melanesia, créé quelques années plus tôt par George et Shirley Craig.
Je ne m'attends absolument pas à ce que je vais découvrir.
Ce n'est pas un simple parc animalier : j'ai l'impression d'entrer dans le repaire d'un explorateur revenu de mille expéditions en Papouasie–Nouvelle-Guinée. Entre les bassins où règnent les crocodiles s'entassent des trophées de chasse, d'immenses masques cérémoniels, des statues rituelles, des tambours, des amulettes, des lances et des boucliers. Partout, des objets rapportés des villages mélanésiens racontent un monde encore largement inconnu des Occidentaux.
La végétation envahit les allées. Surgissant de l'ombre, d'immenses totems aux yeux de nacre semblent me fixer avec insistance. À chaque pas, je découvre un nouvel objet, une nouvelle sculpture, comme si j'explorais un temple oublié au fond de la jungle. L'endroit ressemble davantage au décor d'un film d'aventure qu'à un parc zoologique.
Puis vient le choc.
Au détour d'un sentier apparaît un bassin dominé par une petite plateforme de bois. Immobile, comme sculpté dans la pierre, dort un crocodile gigantesque. Il paraît inerte... jusqu'au moment où, en une fraction de seconde, plusieurs centaines de kilos de muscles explosent dans un mouvement d'une rapidité sidérante.
— « C'est Oscar », me souffle George Craig. « Un des plus gros crocodiles vivant en captivité. »
Je découvrirai bien des années plus tard que ce crocodile est en réalité Cassius, celui qui deviendra célèbre dans le monde entier comme le plus grand crocodile marin vivant en captivité. Son histoire est intimement liée à celle de Sweetheart, le crocodile légendaire du Territoire du Nord qui terrorisait les pêcheurs dans les années 1970. Les deux animaux sont souvent associés, bien qu'il s'agisse de deux reptiles différents.
George Craig est lui aussi une légende.
Né au Pérou au début des années 1930, envoyé en Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'émigrer en Australie, il fut l'un des derniers véritables chasseurs de crocodiles de l'époque où leurs peaux valaient de l'or. Pendant près de vingt ans, il a sillonné les fleuves de Papouasie–Nouvelle-Guinée, notamment la Fly River, capturant les grands crocodiles marins et vivant au contact des tribus mélanésiennes. De ces expéditions, il a rapporté une extraordinaire collection d'art tribal qui fait encore aujourd'hui la réputation de Marineland Melanesia.
Sous sa barbe blanche, avec son accent inclassable et son regard d'aventurier, George Craig semble appartenir à une autre époque. Il connaît les crocodiles comme d'autres connaissent leurs chiens. Chez lui, on a le sentiment d'être reçu non par un directeur de parc zoologique, mais par le dernier survivant des grands explorateurs.
Je le rencontre à plusieurs reprises au cours de mes nombreux séjours à Cairns dans les années 1980. Je consacre un reportage à son univers dans L'Écho des Savanes, illustré de photographies impressionnantes dont certaines montrent George au milieu de ses crocodiles.
George Craig s'est éteint en 2024. Quelques semaines plus tard, Cassius disparaissait à son tour. D'une certaine manière, le vieux chasseur et son plus célèbre crocodile sont partis ensemble, refermant un chapitre de l'histoire australienne qui ne reviendra sans doute jamais.
PREMIERS DECLICS (1968)
Jimi Hendrix Experience
Jeune adolescent, mon père m’avait transmis son boîtier : un Focaflex 24×36. Chargé ou vide, je ne me lassais pas du déclenchement. Ce simple « clic-clac » me fascinait déjà.
Un soir, embarqué par une bande d'aînés qui connaissaient les coulisses du spectacle, je me suis retrouvé à l’Olympia. Sur scène : The Jimi Hendrix Experience.
Si le fil exact des événements s'est un peu estompé, une certitude demeure : j'avais chargé une pellicule Tri-X dans l'appareil. Les rares clichés retrouvés des années plus tard sont devenus le point de départ d'une autre mémoire. Une mémoire faite d'ombres, de lumière et d'argentique dans laquelle je replonge aujourd’hui, et que je m’apprête à vous dévoiler.
Les Contes de la Montagne
À la même époque, mon père s’était lié d’amitié avec l’un des derniers bergers de la vallée des Trois-Évêchés, près de son chalet de La Foux d’Allos. Un jour, il me demanda de l’immortaliser avec l'homme et ses moutons dans ce paysage de montagnes.
L’un de ces clichés devint la pochette de son album, Les Contes de la montagne pour les enfants de la plaine.
Voir ma photo imprimée pour la toute première fois fut une révélation. Entre la fierté de la publication et la magie de l’image retenue, mon amour pour la photographie argentique venait de naître pour de bon.