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Au-delà de l'objectif : genèse d'une métamorphose plastique

Au début des années 2000, le monde de la photographie — du moins celui qui exploitait mes images et me donnait les moyens de vivre — commençait à sérieusement s’étioler. Les membres des rédactions rencontrés au début des années 80 étaient doucement remplacés, et les nouveaux arrivaient avec leurs amis, leurs réseaux et leurs idées. Lorsque j’allais les voir, on me demandait ce que j’avais fait récemment et, si je n’avais rien fait de significatif : « Reviens nous voir lorsque tu auras fait de nouveaux reportages », ou bien : « Désolé, on fait travailler ceux qui sortent des écoles, on a des subventions. » Il fallait donc que je me réinvente. Pour ça, je suis revenu aux sources, et, si je peux m’exprimer comme ça, j’ai ajouté des pinceaux à mes appareils photo.

Bien avant d'aborder la photographie documentaire et le photojournalisme, ma recherche plastique s’était construite autour d’une alchimie expérimentale : la création de formes vivantes, organiques et éphémères, piégées entre deux lames de verre.

Ma démarche reposait sur la rencontre de matières liquides et pigmentaires aux densités hétérogènes. Soumis au flux lumineux qui me montrait une image mouvante et à la chaleur dégagée par l'appareil de projection, ce micro-cosmos fluide s’évaporait, se rétractait, se cristallisait. L’image bougeait et ces tensions généraient un visuel en constante mutation.

Mon geste d'artiste consistait alors à intervenir à l’instant où je trouvais que la matière révélait une structure plastique qui me plaisait. En retirant le cache au moment opportun, je figeais définitivement cette dynamique en transformant une réaction physique éphémère en une composition fixe et pérenne.

C’était une question de double choix : d’une part je produisais beaucoup, ensuite je jetais beaucoup pour ne garder que ce qui me provoquait une émotion.

Ces matrices de verre, pensées pour être traversées par la lumière, ainsi que la façon de les sélectionner, ont constitué le fondement même de mon travail. Je ne savais pas comment les nommer, mais on me disait de temps en temps : « Montre-moi tes abstractions. » Ce mot est resté un moment, puis j’ai appelé ce procédé la fluidographie ; je faisais de la fluidographie avant de plonger dans la photographie. La fluidographie n'a pas seulement été une étape expérimentale : elle a forgé ma façon d'aborder le choix en photographie. En m'apprenant la rigueur du cadrage, l'art du temps suspendu et le choix du moment, elle a établi un protocole du regard. Cette manière de me laisser porter, d'observer, d’attendre, de refaire encore et encore et de décider selon mes critères ce qui devait ou non être montré, je l’ai appliquée à la quasi-totalité de ma production photographique et de mes projets éditoriaux.

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Les œuvres présentées dans cet article sont issues d'une série de plusieurs dizaines d’œuvres. Pour toute demande de consultation d'archives, de tirages d'art ou de droits de reproduction professionnels, vous pouvez me contacter ici

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